• Guna Rajas et Yoga (3)

    Le rajas donne assurance, vitalité, possibilité d’action, endurance, courage, volonté et détermination mais pour qu'il serve notre évolution spirituelle, nous devons apprendre à le manier et à l’orienter.

                                 

                            Le Guna Rajas et le Yoga (3)

      

      

    Qu'est-ce que le Rajas ?

     

    Le rajas est mouvement, force qui va nous permettre de sortir de l’inertie, de l’immobilisme. L’un des objectifs des pratiques de yoga consiste à générer du rajas, de la force pour s’ouvrir vers d’autres perspectives, pour créer une dynamique de changement. Souvent, les pratiquants de yoga ont « la baraqua » après un certain temps, ils se sentent beaucoup plus sûrs d’eux, sortent de leur négativité, de leurs complexes, ils ont plus de moyens pour faire face à la réalité et agir. Ils deviennent « yogi superman ou superwoman » ! Ils utilisent les bienfaits du yoga pour ouvrir leur bulle et ça marche, les progrès sont visibles. Mais ces états ne durent pas forcément ! Ensuite, tout dépend comment on va utiliser la force procurée par rajas.

      

    Si l’on est uniquement préoccupé par sa « prestation » extérieure, si l’on cherche sans cesse à se placer en supériorité, en domination par rapport aux autres (on est  mieux que tout le monde, on sait plus de choses, on fait partie d’une élite), on renforce considérablement sa bulle, alors que l’on avait l’occasion d’en sortir. Ce phénomène peut être comparé à l’image d’une pieuvre qui développe ses tentacules pour aller plus loin et ramener à elle sa « nourriture ». L’ego se réapproprie les résultats du yoga et on revient ainsi au tamas. On a fait un progrès, on le sent, on le perçoit ou on nous l’a dit. Mais le fait de le reconnaître va nous ramener dans notre bulle. Nous retournons à la case départ, nous retombons en stagnation car nous avons stoppé la progression en privilégiant notre image et nos certitudes.

      

    Il n’est pas question ici de nier ses progrès personnels ! Mais il faut rester fidèle à tout moment à la perspective d’une évolution continue. Un pas doit en engendrer un autre sous peine de régression. Quand on monte un escalier, on ne reste pas sur une marche, on se hisse sur la suivante. Si l’on refuse d’aller de l’avant sous prétexte de s’approprier des acquis, on néglige la chance qui a été donnée et le rajas ne peut plus s’orienter.

      

    Le rajas est absolument nécessaire, c’est la dynamo du changement, l’énergie de la transformation. Mais on ne doit pas s’en servir pour se glorifier, se sécuriser, se hisser à une position supérieure par rapport aux autres ou en se référant à que ce qu’on l’était avant.

    En tant que yogi, nous devons privilégier un mouvement continu du rajas, c’est le sens exact de tapasya, l’austérité ou l’ascèse, qui fait partie des cinq niyamas, les codes de la conduite personnelle. L’énergie ne doit pas être détournée vers d’autres objectifs. Sinon, elle ne peut plus servir notre démarche et nous retombons d’une façon ou d’une autre dans l’inertie. C’est la cause de bien des désillusions parmi les pratiquants sincères.

      

    Le rôle de rajas

    D’autre part, il faut clairement identifier le rôle que doit jouer rajas. Fondamentalement, il ne s’agit pas de promouvoir le rajas pour quitter le tamas et trouver sattwa. Les gunas sont en interaction constante, ils sont interdépendants. Pour aplanir le chemin, notre démarche de yoga et nos efforts devraient s’orienter vers les notions d’équilibre, d’acceptation et d’harmonie.

      

    Il faudrait donc envisager plutôt une mise en équilibre entre tamas et rajas.

    Interrogeons-nous sur le sens de pratyahara, le retrait des sens, étape du raja yoga qui précède dharana, la concentration. Pratyahara consiste d’abord à court-circuiter le mental des informations provenant des objets extérieurs, on se replie en soi comme une tortue qui replie ses membres sous sa carapace. Pour cela, nous avons besoin d’utiliser à la fois tamas et rajas : nous installons l’immobilité du corps grâce à un tamas conscient ; et nous réorientons le rajas vers l’intérieur au lieu de le laisser aller dehors, dans les sens et les objets sensoriels.

      

    Dans une deuxième étape, la conscience va se dégager du mental superficiel, considéré comme le sixième sens, la tête de la tortue.  Comment y arriver ? On va avoir tendance à s’endormir sous l’effet du tamas qui a été installé… ou bien la force du rajas qui est maintenant tourné vers l’intérieur va faire « bouillir » notre mental… Notre volonté de méditer ne pèse pas lourd devant ces vagues d’immobilité tamasique ou ce torrent d’activités intérieures rajasiques !

      

      

    Orientation du rajas

      

    Un seul remède pour que la méditation aboutisse : le sattwa, un appel intérieur ou une aspiration venant de plus profond. La force du rajas doit être « aimanté » par le sattwa, pour atteindre les sphères où règnent le calme et la continuité. Le sattwa est en quelque sorte un poids qui leste le méditant pour lui permettre de plonger en lui. Il peut ainsi traverser les différentes strates du mental, à la manière d’un plongeur sous-marin qui aborde les profondeurs de l’océan par paliers successifs.

      

    Le rôle du rajas est également bien montré dans la symbolique des chakras : manipura, le centre psychique localisé à hauteur du nombril correspond à notre réservoir d’énergie, et il est mû principalement par rajas. Beaucoup de techniques de yoga servent à stimuler ce chakra mais ce n’est certes pas pour développer nos facultés rajasiques de manipulation ou de domination ! Le rajas de manipura constitue un tremplin dans le mouvement de l’évolution : il est dit que la kundalini ne revient plus en arrière quand elle a franchi ce chakra. Auparavant, elle redescend dans les chakras situés en-dessous et elle se rendort... sous l’effet du tamas. Manipura est donc un pivot, un lieu de non retour.

      

    Quand nous sommes prêts à traverser ce centre, la force du rajas est irrémédiablement attirée vers sattwa (chakras au-dessus de manipura). Les chakras inférieurs conservent leurs activités mais celles-ci prennent une autre coloration car on est capable de vivre les choses d’une autre façon.

      

     

    Rajas et évolution

      

    Tout comme le tamas, le rajas a des effets positifs, assurance, vitalité, possibilité d’action, endurance, courage, volonté et détermination. Mais il n’est pas facile de le manier et de l’utiliser de façon positive et adéquate sur le plan spirituel. Il engendre en effet de l’excitation, une fausse sensation de puissance, une volonté excessive de se valoriser ou de s’imposer…

      

    Avec quels ressorts va-t-on pouvoir orienter le rajas ? La qualité de discrimination est fondamentale car elle permet de discerner ce qui est « bon » et nous élève de ce qui est « mauvais » et nous abaisse. Le besoin de libération s’avère tout aussi indispensable car avec lui, on peut vraiment choisir. Il s’appelle mumukshutva en sanskrit. Ce désir, que l’on peut qualifier de « focalisé », doit être suffisamment fort et constant pour surpasser les autres tendances rajasiques.

      

    En ce domaine, reconnaissons que seule l’acuité de la souffrance peut agir : c’est dans la souffrance que se forge cette nécessité de se libérer.

      

    Nous avons sans cesse le choix d’exercer notre rajas dans la vie « mondaine » ou bien de l’utiliser à des fins spirituelles. Quand le rajas est dirigé vers l’extérieur, on tombe à un moment ou un autre dans l’illusion et la prise de pouvoir, et on reçoit aussi la souffrance qui naît des changements inéluctables imposées par la vie. Nous cherchons le bonheur hors de nous et nous trouvons à la fois plaisir momentané et souffrance.

      

     

    Rajas et besoin de sécurité

      

    Le rajas et la façon de l’utiliser sont aussi conditionnés par le fait de privilégier une continuité dans sa démarche personnelle, un pas succède à un pas, ce qui nécessite de se détourner de toute tentative d’acquisition. Ne négligeons pas non plus l’impact de nos instincts, la recherche de sécurité notamment. D’ordre tamasique, ce besoin incite à utiliser l’énergie pour se protéger et masquer sa réalité, grâce à des mécanismes psychologiques. Après quelques temps, on ne parvient même plus à se questionner sur cette nécessité de se cacher ! Le rajas ne peut plus alors se mettre au service de notre évolution.

      

    Citons un exemple : le fait d’avoir un personnage dehors et un personnage dedans. On montre des qualités dans le monde extérieur alors qu’à l’intérieur, tout va dans un autre sens. C’est souvent le cas des gens qui veulent être charitables ou gentils. C’est aussi une habitude plus ou moins ancrée chez tout le monde. Le besoin de paraître prend systématiquement le pas sur le fait d’être ce que l’on est. Dans nos sociétés dites modernes, ce phénomène suffit par devenir la règle. Cette dichotomie entre un personnage extérieur et une réalité intérieure génère un tamas quasi insurmontable, une ignorance complète de soi. Le seul remède est de mettre à bas les masques.

      

    Une autre façon de renforcer ses défenses consiste à compartimenter son mental : on joue différents personnages dans les situations de la vie quotidienne, au travail, en famille, avec des amis ou des copains, dans les lieux spirituels et les lieux profanes… Avec de tels clivages, il est impossible de promouvoir le sattwa en donnant une orientation positive au rajas.

      

    Il y a donc un travail préliminaire à effectuer pour que le résultat des pratiques de yoga puisse pleinement émerger dans notre vie. Le yoga donne force, endurance, inspiration et élévation d’esprit. Pour en profiter pleinement, il faut travailler dans le concret de nos comportements et « faire du ménage ». Notre effort doit d’abord permettre d’éclaircir nos priorités, de trier ce qui est important et ce qui est accessoire.

      

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