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    Auteur : Annick Auzou

    Depuis 11 ans que j'accompagne les malades en fin de vie en tant que bénévole, j’ai pu, hélas, observer trop souvent le rejet de la vérité du mourant et de ses larmes, le déni de sa souffrance…

    Cette attitude peut sembler légitime ; il peut être difficile d’entendre quelqu’un dire "Je suis foutu !!!". Ce "Je suis foutu" nous renvoie à la peur de mourir, à la peur de perdre, à la peur de souffrir, à la peur de la séparation.
    Ces trois petits mots nous rappelle notre finitude, notre non éternité.  Mais il n’y a vraiment aucun risque d’accepter d’accueillir la vérité du malade quelle qu’elle soit. C’est sa vérité. C’est son ressenti.

    Et de quel droit irions-nous lui dire : "Mais non tu ne vas pas mourir !"ou "Mange, ça va aller mieux" ou "Secoue-toi" ou "Ne pleure pas".
    De l’écouter véritablement ne va pas le faire mourir plus vite. Alors, pourquoi mentir ? Pourquoi le tromper ? Le malade, lui, seul sait ce qu’il ressent, ce qu’il veut dire.

    La non écoute du ressenti du malade crée un mur de non dit entre les différents intervenants.
    La non écoute crée un mur de silence angoissant, gênant, paralysant.
    La non écoute isole le malade dans une immense solitude, dans un non respect de sa personne.
    La non écoute crée un conflit intérieur chez la personne qui n'accepte pas d'entendre et chez le malade qui ne se sent pas entendu.

    Et donc, cette frilosité rend les êtres, chacun de leur côté, tristes, seuls, incompris, agressifs, reclus, malheureux…
    Un malade dit : "Je suis foutu." Il est possible de lui répondre : "Pourquoi dites-vous cela ?" ou "Que ressentez-vous ?" ou "Que voulez-vous dire ?". Reformuler son affirmation va permettre alors de créer un pont, un lien d’écoute, un lien de vérité, un lien d’authenticité.

    Le malade aura enfin en face de lui quelqu’un capable d’oser entendre l’inacceptable, capable de se mettre sur la même longueur d’onde que lui. Et alors quelle belle relation pourra naître entre ces deux êtres, quelle sérénité dans les cœurs de chacun. La situation du mourir sera la même, toujours aussi douloureuse, envahissante et difficile.

    Mais cette vraie relation où les sentiments seront exprimés LIBREMENT, sans tabou, sans peur, permettra à chacun de se rencontrer véritablement dans la relation humaine. Elle donne aussi à chacun une clé pour faire son chemin intérieur de maturation vers une relative acceptation : oser accueillir l’intolérable peut nous libèrer de nos peurs et permettre de réels rapprochements entre les êtres touchés par la maladie incurable !

     

    Si vous souhaitez des informations sur l'accompagnement de fin de vie, voici le site de l'association avec laquelle je travaille :
    http://perso.orange.fr/detentearcenciel
     

      

    Notre site : www.yogasatyananda-france.net

      





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